Discours d'Arthur pour la remise de son doctorat le samedi 18 juin 2005
2005/06/23
Monsieur le Recteur, distingués Professeurs, chers collègues récipiendaires, mes chers amis,

Permettez tout d’abord que je rende hommage à mon ami Rémi Savard, docteur en Ethnologie, qui inaugura avec moi ma saga cinématographique en 1972. Rémi fut toujours un allié fidèle et courageux. Un allié inconditionnel, avec griffes et dents, dans cette entreprise, parfois taxée et jugée , ainsi qu’un compagnon de travail, collaborateur compréhensif, oh combien! érudit et vaillant. Je tiens à remercier également Thérèse Roch-Picard, Innue, collaboratrice de la première heure, qui symbolise à elle seule toute la foi, l’amour, et la confiance totale que m’ont accordés sa nation.

Je dois remercier tout particulièrement mon ami Denys Delâge, pour l’impulsion généreuse qu’il m’a donnée récemment pour la poursuite de mon travail et l’achèvement de mes archives cinématographiques. Ces archives , il y a longtemps, il y a plus de 30 ans, l’archéologue et ami Laurent Girouard m’avait incité et convaincu de les entreprendre. J’ai pu les achever, il y a tout juste deux mois, grâce à l’ONF, dirigée par mon ami, Jacques Bensimon… Denys et Jacques m’ont fermement soutenu alors que la paralysie m’avait déjà affecté. Et il y a aussi les amis indéfectibles comme Carol Faucher et Henry Welsh.

Je tiens aussi à remercier les ethnologues, anthropologues et linguistes de Recherches Amérindiennes, entre autres Sylvie Vincent, Jean-René Proulx, Josée Mailhot, qui, dans une période particulièrement difficile, désargentée, ont volé à mon secours.
Et que dire de François Trudel de l’Université Laval et des amis, nombreux et souvent anonymes, ouvriers dans la soumission de ma candidature à ce doctorat honorifique. François qui conspira avec Nathalie, mon épouse, à mon insu, pendant plus d’un an…

Je ne veux pas oublier non plus mes compagnons de Terres-en-Vue, Société pour la diffusion de la culture autochtone, avec qui j’œuvre dans le festival Présence Autochtone, donnant parole et image aux premiers habitants de ce pays. Ce festival incontournable avec mon ami André Dudemaine, tient l’affiche, actuellement, et ce pour la quinzième année consécutive, à Montréal.

On le sait. Un film, contrairement à l’écrit ou à la peinture, constitue une entreprise collective. Et ici je dois m’arrêter pour saluer tous les assistants, dont le toujours fidèle André Desrochers, les preneurs de son, les cameramen (je pense ici entre autres à Guy Borremans, Roger Moride et Jean-Pierre Lachapelle). Tous ces professionnels sans qui, sans leur talent, leur foi dans l’œuvre entreprise, leur confiance, rien de mon rêve n’existerait…

En me conférant cet honneur, vous le conférez également à ces vieux Innus, conteurs d’atnukan, de légendes. de tepatjimun, de récits fantastiques, qui ont pris le risque de les confier à ma camera. À Michel Grégoire, à Alexandre McKenzie, à Pierre Courtois, à Pien Peters, à Vincent Hervieux, à Isidore Étienne, à Jean-Baptiste Ashini, à Pierre Vachon, à Mathieu André, à Pierre McKenzie, à Barnabé Vachon, à Penamesh McKenzie et à son frère Jean-Marie, à Marcel Jourdain, et à tant d’autres aujourd’hui tous décédés… Tous ces anciens étaient les dépositaires de trésors merveilleux qui, en me les communiquant, les ont, je l’espère, sauvés de la géhenne de l’oubli, de leur disparition. Ces récits incroyables, qui mettent, les Innus, au risque de leur vie, aux prises avec des Uananiau perfides , des Atchens géants et anthrophages dont on a découvert, dit-on, les ossements énormes près de Natashquan … Mais les Innus, soutenus dans leurs combats par Mistapeu, le Grand-Homme de leur Tente Tremblante, de leur tabernacle, en sortent toujours triomphants. Mistapeu, qui ne serait, d’après certains psychanalistes, que la version archaïque du Soi Jungien.

Et quoi penser des récits historiques des combats contre les Inuits, voleurs de femmes et de saumon, mais qui tournent tous forcément à l’avantage des Innus, sauvés par leurs pouvoirs magiques supérieurs… Et par l’inepsie supposée des chamans Inuits?

Et que dire des Atnukan? Ces légendes qui racontent l’origine mythique des saisons, la genèse Innu du jour et de la nuit, les frasques multiples, absurdes et comiques de Carcajou.

Toute cette aporie du merveilleux rejoint l’invention des montres molles de Salvador Dali, les chants dantesques de la Divine Comédie, les combats de Josué à Jéricho. Au même titre que la Chanson de Roland, que les Légendes Arthuriennes, le Merveilleux Innu doit faire parti du trésor de l’humanité. À protéger. D’autant plus que ceux qui possédaient ces trésors sont tous disparus. Qu’il y a rupture de transmission.

Les narrateurs… Je pense en particulier à Michel Grégoire, Innu de Nutashquan, éblouissant conteur à la gestuelle souveraine, au discours convainquant, et qui mourut moins d’un an après que je l’eus filmé. Je pense à Pien Peters de Pukuashipu, à Pierre Vachon de Betsiamites, à Alexandre McKenzie de Matimekosh, à François Bellefleur de Unamanshipu, tous décédés, mais qui vivent encore grâce aux films que je tournais.

Un dernier remerciement, au personnel des Archives Nationales du Québec, qui sauvegardent ce matériel et en protège les droits. Et à L’APTN, le réseau aborigène, qui diffuse actuellement une série tirée de mes archives.

Ce doctorat honorifique que vous me remettez aujourd’hui, que je n’aurais espéré à la fin de ma carrière, me donne le goût de continuer à vous enchanter. Merci encore.