Toujours, la question autochtone. La crise d'Oka.
1993/05/01
Le Devoir
Des Rivières, Paule


La crise d'Oka aurait pu marquer un immense ras-le-bol francophone de la question amérindienne. Il n'en est rien. La télévision francophone réserve une place de plus en plus respectable aux autochtones. Dimanche soir, le réseau TVA présente L'Indien et la mer de Maurice Bulbulian, renouant ainsi sa collaboration avec l'Office national du film. Télé-Métropole a choisi un documentaire sur la bataille du saumon sur la côte ouest du Pacifique, très bien fait, qui plante une nouvelle fois le clou de l'industrialisation effrenée des Blancs. Mais au delà des enjeux politiques, le documentaire est une ode au saumon, qui met en opposition deux modes de pêche. Bien entendu, les périodes de sondage BBM sont terminées et les cotes d'écoute de L'Indien et la mer ne feront pas baisser la moyenne des «ratings» printaniers. Car des documentaires de ce genre ne pulvérisent pas de records. La semaine dernière, Radio-Canada a attiré 109 000 téléspectateurs lorsqu'elle a présenté L'écho des songes, d'Arthur Lamothe.

«Les Indiens sont entrés dans l'imaginaire politique des Québécois et des Canadiens, constate l'anthropologue Rémi Savard. C'est un développement récent. Il n'y a pas si longtemps, ils étaient relégués aux loisirs, à la chasse et à la pêche, aux chroniques de plein-air. Depuis Meech et Oka, ils sont moins folkoriques».

Moins folkloriques certes. Shehaweh s'est efforcé, malgré tous ses excès, de montrer l'exploitation des Indiens par les colonisateurs à soutane et à cornette.

Si les émissions d'intérêt général s'ajustent bien, Rémi Savard estime que le secteur des nouvelles n'évite pas la traditionnelle dichotomie entre les Québécois francophones et les Amérindiens. «Les Québécois se sentent menacés», observe M. Savard. Il conclut «Nous parlons plus des Indiens, pour le meilleur et pour le pire».