ICOM: Arthur Lamothe fait mouche
1992/09/22
Le Devoir
Moisan, Sylvie

DIMANCHE SOIR dernier avait lieu au Grand Théâtre de Québec la première mondiale de L'écho des songes, le dernier film du réalisateur Arthur Lamothe. Ouverte au grand public, la projection, organisée par Mme Johanne Robertson, présidente de l'Institut culturel et éducatif montagnais, a eu lieu en présence des congressistes de l'ICOM 92 et de nombreux membres de la communauté autochtone du pays.

Ce documentaire présente de nombreux artistes contemporains d'origine autochtone provenant de différentes nations du Canada et du Québec. Il permet de jeter un regard sur leur production, de les voir à l'oeuvre, mais aussi de prendre connaissance de leur vision du monde et de l'art grâce aux commentaires recueillis tout au long du film. Le spectateur néophyte découvre avec stupéfaction la richesse et l'abondance de cette production autochtone avec laquelle le public a rarement l'occasion d'entrer en contact.

Arthur Lamothe se consacre au cinéma depuis 1961. D'origine française, il réside au Canada depuis 1953. Il a réalisé une multitude de films dont la plupart ont pour sujet les autochtones et leur culture. Dans L'écho des songes, il situe les oeuvres des autochtones dans le contexte moderne et contemporain et en retrace l'histoire et l'évolution. Mais l'essentiel de son propos est plutôt de cerner et de mettre en lumière ce qui constitue la spécificité de l'inspiration des artistes autochtones.

Tout artiste est tributaire de sa culture; même en la contestant, il en témoigne. Généralement, un mouvement, en art, se développe en opposition avec la tradition qui le précède. La particularité de l'art autochtone ne réside pas dans la contestation des traditions artistiques antérieures mais plutôt dans son opposition à la civilisation occidentale, qu'il confronte, en utilisant souvent des matériaux et des techniques dont se servent les artistes non indigènes. L'essentiel pour l'artiste autochtone est d'exprimer la richesse de sa culture, en puisant dans les traditions et l'imaginaire collectif qui en constituent l'essence.

Le film, par la beauté de ses images et l'authenticité de ses témoignages, nous amène donc aux sources de cette inspiration autochtone. Une de ces sources est, évidemment, la nature et en particulier les animaux. Le bestiaire autochtone est omniprésent et d'une grande richesse. Si certains artistes y puisent d'une façon pour ainsi dire directe en intégrant à leurs oeuvres plumes et poils, d'autres au contraire s'appliquent à représenter des animaux en utilisant la dimension symbolique auxquels ils sont rattachés dans les légendes indiennes. Mais si certaines oeuvres ont en quelque sorte la fonction d'un objet traditionnel, beaucoup témoignent d'un sens très contemporain de l'identité autochtone et de la force de ses traditions.

Pour les autochtones, la nature n'est pas séparée de l'humain. Au contraire, il en fait partie comme elle fait partie intégrante de lui. Cette vision du monde apparaît clairement dans le film car elle est présente dans les témoignages de tous les artistes. Certains de ces commentaires sont troublants de par l'universalité de la vision dont ils témoignent, tout en exprimant ce qui fait la spécificité de la culture des nations autochtones. Par moment, l'on songe au taoïsme, voire au zen. En nous confrontant à une telle réflexion, par cette voie royale qu'est l'art, le film atteint le spectateur dans ce qu'il a de plus profond, là où les liens se tissent entre les humains de la planète, là où tous se rejoignent.

L'objectif d'Arthur Lamothe était «de faire connaître aux Québécois la spiritualité indienne moderne». Pour lui, «l'homme est incarné dans un sol, dans une mythologie. C'est lorsque les Indiens sont le plus indiens qu'ils rejoignent l'universel». Selon lui «l'art est la voie pour faire se rencontrer les peuples». À voir la façon dont le public a accueilli son film dimanche dernier, on peut dire: touché. Difficile de se sentir plus réceptif au discours des autochtones : on sort du film tout autant séduit par leur culture que désormais curieux de la découvrir.